La ChinAfrique est le titre du livre que je viens tout juste de terminer et dont j’ai envie de mettre en avant certains éléments.
« En 100 ans d’exploitation par les européens, l’Afrique n’a pas gagné un sous. » ; c’est ce que pense Floyd, le chauffeur de la société SDV pour laquelle je bosse ici en Zambie.
Pour prendre un exemple cité dans le livre, depuis 40 ans, des sociétés occidentales exporteraient de Guinée chaque année du bauxite en quantité suffisante pour produire 300 milliards de cannettes de bière ou 35 millions de châssis de voiture ; or le salaire mensuel moyen de base en Guinée n’a en rien évolué depuis ces 40 dernières années et équivaut au prix d’un sac de riz pouvant subvenir au besoin d’une famille de 5 personnes pendant 2 semaines seulement.
Une des raisons du succès des chinois en Afrique serait le fait que la Chine établit avec les états africains une relation « gagnant-gagant ». En effet, une entreprise chinoise si elle doit négocier une concession pour un minerai va offrir en échange un package comprenant des emplois locaux pour l’extraction du minerai mais également la construction du réseau routier aux alentours lui permettant d’évacuer son minerai mais profitant également aux populations locales, la construction d’un barrage hydro-électrique fournissant la moitié du pays en électricité et assurant à l’entreprise qu’elle ne souffrira pas de pannes de courant. Pour la signature du contrat, la société offre également la construction d’un nouveau quartier de 500 nouveaux logements pour les employés de la mine et leurs familles ainsi que 5 superbes villas pour les dignitaires de la région.
Le système d’appel d’offre mis en place par la Banque Mondiale pour tout chantier gouvernemental fait aussi en sorte que les chinois raflent la majeure partie des gros chantiers (chemin de fer, ponts, barrages…) à pourvoir sur le continent africain. Ils proposent systématiquement des prix au minimum 10% moins cher que leurs concurrents. Les auteurs du livre vont même jusqu’à dire que le gouvernement chinois soutiendrait financièrement certaines entreprises qui feraient des offres à perte et cela pour pouvoir entrer et poser un pied dans certains pays encore en dehors de l’emprise chinoise.
J’ai discuté du « phénomène chinois » avec différents zambiens et c’est toujours le même discours qui ressort ! « Les chinois sont des vrais robots ; ils travaillent 7 jours sur 7 et font les 3 pauses ( 8h=>16h, 16h=>minuit et minuit=>8h). Ils dorment en dortoir de 20 et se contentent de la cantine de la société contrairement aux occidentaux qui descendent dans de grands hôtels, se déplacent en 4X4 luxueux et qui mangent au restaurant tous les midis. »
De plus les chinois ne viennent pas en colon et n’essayent pas d’imposer leur culture. Ils ne tentent pas non plus d’établir une relation paternaliste avec les africains comme nous, européens, l’avons fait par le passé. Ils ne font pas les fines bouches et n’hésitent pas à soutenir un régime totalitariste en échange d’accords commerciaux. La citation de Serge Mombouli, conseiller de la présidence à Brazzaville, est très explicite sur la manière dont sont vues les choses par les gouvernements africains.
« Les Chinois nous offrent du concret et l’Occident, des valeurs intangibles. Mais ça sert à quoi la transparence, la gouvernance, si les gens n’ont pas d’électricité, pas de travail ? La démocratie, ça ne se mange pas. »
La Zambie dans tout cela ?
Hé ben malgré les récentes frictions diplomatiques entre Pékin et Lusaka survenues en 2007 dues à l’annulation de la visite du président chinois dans la « Copperbelt » (région du Nord où se situent les mines de cuivres), à cause de grèves et de révoltes d’ouvriers zambiens contre les sociétés minières chinoises, les chinois sont bien présents dans le pays. La communauté chinoise en Zambie s’élèverait à 20,000 ressortissants. En 1976 déjà, la Chine montrait sa volonté de partenariat avec la Zambie en achevant en un temps record le Tan-Zam, ligne de chemin de fer de 1860 kilomètres de long reliant Lusaka à Dar es-Salaam en Tanzanie et offrant ainsi un débouché sur l’océan Indien à la Zambie jusque là enclavée dans les terres.
Pas plus tard que la semaine dernière sur un petit marché d’artisanat de la capitale, je les observais ; ils achètent tout et n’importe quoi à n’importe quel prix.
« En 100 ans d’exploitation par les européens, l’Afrique n’a pas gagné un sous. » ; c’est ce que pense Floyd, le chauffeur de la société SDV pour laquelle je bosse ici en Zambie.
Pour prendre un exemple cité dans le livre, depuis 40 ans, des sociétés occidentales exporteraient de Guinée chaque année du bauxite en quantité suffisante pour produire 300 milliards de cannettes de bière ou 35 millions de châssis de voiture ; or le salaire mensuel moyen de base en Guinée n’a en rien évolué depuis ces 40 dernières années et équivaut au prix d’un sac de riz pouvant subvenir au besoin d’une famille de 5 personnes pendant 2 semaines seulement.
Une des raisons du succès des chinois en Afrique serait le fait que la Chine établit avec les états africains une relation « gagnant-gagant ». En effet, une entreprise chinoise si elle doit négocier une concession pour un minerai va offrir en échange un package comprenant des emplois locaux pour l’extraction du minerai mais également la construction du réseau routier aux alentours lui permettant d’évacuer son minerai mais profitant également aux populations locales, la construction d’un barrage hydro-électrique fournissant la moitié du pays en électricité et assurant à l’entreprise qu’elle ne souffrira pas de pannes de courant. Pour la signature du contrat, la société offre également la construction d’un nouveau quartier de 500 nouveaux logements pour les employés de la mine et leurs familles ainsi que 5 superbes villas pour les dignitaires de la région.
Le système d’appel d’offre mis en place par la Banque Mondiale pour tout chantier gouvernemental fait aussi en sorte que les chinois raflent la majeure partie des gros chantiers (chemin de fer, ponts, barrages…) à pourvoir sur le continent africain. Ils proposent systématiquement des prix au minimum 10% moins cher que leurs concurrents. Les auteurs du livre vont même jusqu’à dire que le gouvernement chinois soutiendrait financièrement certaines entreprises qui feraient des offres à perte et cela pour pouvoir entrer et poser un pied dans certains pays encore en dehors de l’emprise chinoise.
J’ai discuté du « phénomène chinois » avec différents zambiens et c’est toujours le même discours qui ressort ! « Les chinois sont des vrais robots ; ils travaillent 7 jours sur 7 et font les 3 pauses ( 8h=>16h, 16h=>minuit et minuit=>8h). Ils dorment en dortoir de 20 et se contentent de la cantine de la société contrairement aux occidentaux qui descendent dans de grands hôtels, se déplacent en 4X4 luxueux et qui mangent au restaurant tous les midis. »
De plus les chinois ne viennent pas en colon et n’essayent pas d’imposer leur culture. Ils ne tentent pas non plus d’établir une relation paternaliste avec les africains comme nous, européens, l’avons fait par le passé. Ils ne font pas les fines bouches et n’hésitent pas à soutenir un régime totalitariste en échange d’accords commerciaux. La citation de Serge Mombouli, conseiller de la présidence à Brazzaville, est très explicite sur la manière dont sont vues les choses par les gouvernements africains.
« Les Chinois nous offrent du concret et l’Occident, des valeurs intangibles. Mais ça sert à quoi la transparence, la gouvernance, si les gens n’ont pas d’électricité, pas de travail ? La démocratie, ça ne se mange pas. »
La Zambie dans tout cela ?
Hé ben malgré les récentes frictions diplomatiques entre Pékin et Lusaka survenues en 2007 dues à l’annulation de la visite du président chinois dans la « Copperbelt » (région du Nord où se situent les mines de cuivres), à cause de grèves et de révoltes d’ouvriers zambiens contre les sociétés minières chinoises, les chinois sont bien présents dans le pays. La communauté chinoise en Zambie s’élèverait à 20,000 ressortissants. En 1976 déjà, la Chine montrait sa volonté de partenariat avec la Zambie en achevant en un temps record le Tan-Zam, ligne de chemin de fer de 1860 kilomètres de long reliant Lusaka à Dar es-Salaam en Tanzanie et offrant ainsi un débouché sur l’océan Indien à la Zambie jusque là enclavée dans les terres.
Pas plus tard que la semaine dernière sur un petit marché d’artisanat de la capitale, je les observais ; ils achètent tout et n’importe quoi à n’importe quel prix.
Sinon, j’ai eu à faire à des chinois au niveau professionnel. La crise fait que les clients ont un peu de mal à payer mais les chinois en particulier s’avèrent être de très mauvais payeurs et nous devons les forcer à payer en bloquant leurs marchandises. Dans ce cas-là, ils débarquent assez rapidement au bureau, tentent de négocier mais si on reste ferme, ils finissent par rapidement sortir une grosse liasse de dollars de leur poche pour payer et pour faire débloquer leurs containers.
Il n’est pas rare non plus de voir dans le journal « Times of Zambia » des photos sur lesquelles un zambiens en costume sert la main d’un chinois.
Malgré l’attrait plus particulier que la Chine a pour les pays exportateurs de pétrole comme le Soudan ou l’Angola, elle n’en délaisse pas moins la Zambie entre autre pour le cuivre qu’elle possède mais également parce que la Zambie est un partenaire commercial très important de l’Afrique du Sud, pays où se trouvent la plus grande population chinoise d’Afrique (250,000 ressortissants chinois).
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire le livre « La ChinAfrique » des éditions Grasset ; je l’ai trouvé personnellement très intéressant et instructif.

2 commentaires:
Merci pour toutes ces choses que tu racontes...
tres interessant! instructif de surcroît.
Si par hasard tu visisterais les mines de cuivre, envoie moi quelques clichés deleurs monstrueux dumpers... je n'ai pas perdu l'envie de les voir..;
Bon reportage!
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